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Maxim Vengerov

Full interview

Original.- Page down for English Translation

Exclusivité mondiale : Maxim Vengerov reprend le violon sur la scène du Palais des Beaux-Arts
Une production du stage-festival Musica Mundi (Waterloo). >> Lundi 02.05.2011 (20:00) - Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Boeuf 1) Maxim Vengerov, violon - Vag Papian, piano : Johannes Brahms, les "Sonates pour violon et piano no. 1, op. 78, no. 2, op. 100, no. 3, op. 108" 2) Vladimir Perlin, direction - Belorussian Youth Orchestra, Musica Mundi Young Talents : oeuvres de Wolfgang Amadeus Mozart, Piotr Illich Tchaikovski, Aaron Copland, Edward Elgar
 
MUSICA MUNDI présente l’illustre violoniste MAXIM VENGEROV
au PALAIS DES BEAUX-ARTS de Bruxelles
Lundi 02.05.2011 - 20:00

Maxim Vengerov: “Le violon est ma langue maternelle”

Musica Mundi a pour objectif le développement humain et musical de jeunes talents de la musique issus des quatre coins du monde. Pour y parvenir, Musica Mundi réunit chaque année, au mois de juillet, environ 70 jeunes prodiges du violon, de la clarinette ou des instruments à corde, âgés de 10 à 18 ans. D’origines diverses et variées, ces jeunes se retrouvent pour un stage de deux semaines dont le seul objectif est de les faire jouer ensemble.

La rencontre de ces jeunes talents avec d’autres virtuoses venus d’autres horizons et avec certains des plus grands pédagogues et artistes de la planète fait de cette manifestation une expérience des plus stimulantes et enrichissantes.
Depuis 13 ans déjà, ce stage et festival de musique de chambre international connaît un succès grandissant et a conduit ses fondateurs, Hagit Hassid-Kerbel et Leonid Kerbel, à reconnaître la nécessité de créer une école primaire et secondaire de la plus haute qualité pour les jeunes musiciens de talent.

Tous deux ambitionnent de fournir aux jeunes âgés de 10 àt 18 ans l’opportunité de suivre simultanément et en toute harmonie un cursus scolaire et une formation musicale professionnelle, et ce indépendamment de leurs moyens financiers et de leurs origines sociales.
Maxim Vengerov, membre à part entière de la « famille Musica Mundi », partage l'enthousiasme des fondateurs et s'est donc proposé comme Ambassadeur de l'école. Le concert qu’il donnera en l’honneur de son retour sur la scène internationale sera dédié au projet de l’Ecole de musique Musica Mundi.

l'entretien avec Laetitia Huberti (Musiq’3, RTBF)

LH: Cher M. Vengerov, nous sommes ravis de vous accueillir ici, à Bruxelles, en l'honneur du concert que vous donnerez le 2 mai prochain avec Musica Mundi, au Palais des Beaux-Arts. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Pourquoi Bruxelles ? Et pourquoi ce concert ? Pouvez-vous nous expliquer le contexte ?

MV: Bruxelles tient une place très spéciale dans mon cœur. On dit des musiciens itinérants qu’ils se sentent chez eux là où sont leurs amis. Moi, j'ai des amis merveilleux à Bruxelles – Leonid et Hagit Kerbel, les fondateurs du stage et du festival international de Musica Mundi. Nous nous connaissons depuis très longtemps et, cet été, je participerai au festival Musica Mundi pour la 5e fois. En outre, Bruxelles est une ville magnifique, le public est fantastique et je suis enchanté de venir donner ce concert le 2 mai aux Palais des Beaux-Arts, un lieu qui jouit d’une belle tradition et d’une acoustique hors pair. Pour nous, ce concert est vraiment spécial : c’est durant cet événement que nous annoncerons la naissance d’un projet qui nous tient à cœur, la création de l’école primaire et secondaire de Musica Mundi. Une nouvelle histoire qui s’annonce d’ores et déjà incroyable.

LH: Cette école primaire et secondaire sera réservée aux musiciens et dévouée à la musique. Quel sera votre rôle sein de cette institution ?

MV: Je vais tenter d’apporter ma pierre à l’édifice, en tant que musicien. La musique n’est-elle pas la meilleure manière de promouvoir un projet auquel nous croyons vraiment ? Petit, j’ai été élevé par mes parents et mes grands-parents. Beaucoup de gens m’ont influencé et inspiré. J’ai commencé le violon à Novossibirsk, en Sibérie, puis j’ai déménagé à Moscou. Ensuite, je suis parti étudier à Lübeck, en Allemagne, et à Londres, à la Royal Academy. Partout, on m’a énormément soutenu. D’abord ma famille, puis des tas d’amis proches et de professeurs. Maintenant que je suis musicien, je réalise à quel point l’enseignement est essentiel. Sans lui, le talent ne peut se développer. Le talent, c’est comme un jardin : cela demande beaucoup d’entretien pour un beau résultat. C’est pour cette raison que je suis convaincu que l'école Musica Mundi sera un projet unique : elle va combiner toutes les idées de Hagit et de Leonid Kerbel au sujet de l’enseignement. Tous deux possèdent déjà une très grande expérience avec les enfants qui bénéficiera très certainement à l’école.

LH: Vous vous impliquez dans de nombreuses activités avec des enfants et adolescents : vous êtes ambassadeur de l’Unicef, vous avez participé à la fondation d’écoles à Migdal, en Israël… Vous êtes donc devenu une sorte de mentor pour beaucoup de jeunes musiciens. Aviez-vous un mentor lorsque vous étiez jeune ? Et d’où vient cette tradition ?

MV: Tout d’abord, c'est ma mère qui m'a transmis son amour des enfants. Elle a été directrice d'une école de musique pour orphelins pendant vingt ans. Une époque formidable. La Russie était encore soviétique et l'art avait une signification particulière : pour certaines personnes, jouer d'un instrument était une sorte d'échappatoire. La musique faisait office de sauveteur. Lorsque ma mère est arrivée à Novossibirsk, pour étudier au conservatoire, elle a trouvé des orphelins, a créé une école et leur a fourni une formation musicale, ce qui était vraiment révolutionnaire pour l’époque. Elle a dû batailler ferme pour que l’école soit ouverte et que les instruments et les pianos soient achetés ; elle s’est débrouillée toute seule pour y arriver. Elle s’est battue contre le cynisme du gouvernement et a gagné, mais non sans difficultés. En grandissant, j'ai vu la beauté que ses mains et son cœur avaient créée. C’est une musicienne formidable. Elle donnait des cours de piano et s’occupait d’une chorale de 500 enfants. J’en faisais aussi partie et, quand elle rentrait à la maison, elle disait : « Maxime, j’ai 500 enfants, mais tu es de loin le plus difficile. » Je pense donc qu’aider la nouvelle génération est inscrit dans mon ADN. Je suis encore jeune, mais je comprends et apprécie vraiment ce que mes parents, mes professeurs et mes amis ont fait pour moi. Et j’ai besoin d’offrir aux autres ce qui m’a été offert.

LH: Pour le concert du 2 mai, vous avez choisi de jouer trois sonates de Brahms. Pourquoi ?

MV: J’aime me concentrer sur une chose à la fois. En soi, le cycle des trois sonates de Brahms constitue la perfection. J’avais envie de partager ce moment intime avec le public du Palais des Beaux-Arts et je ne crois pas avoir jamais joué les sonates de Brahms ici. Cela m’emballe vraiment. Mon partenaire, le formidable pianiste arménien Vag Papian m’accompagnera.
Il est chef d’orchestre et pianiste. Un musicien d’exception. Il m’a donné mes premières leçons de direction et l’envie d’explorer une nouvelle voie.

LH: Vous venez de mentionner votre travail de chef d'orchestre. Ces dernières années, vous avez énormément dirigé, que ce soit lors de festivals ou de compétitions. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre expérience en tant que chef d’orchestre ? Comment en êtes-vous venu là ? Et comment les chefs qui vous dirigeaient lorsque vous étiez au violon vous ont-ils inspiré ?

MV: J’ai joué mon premier concert avec un orchestre lorsque j’étais encore un jeune enfant, je n’avais alors que cinq ans. C’était le concerto n°9 de Bériot et j’étais dirigé par le chef d'orchestre principal de l'orchestre philharmonique de Novossibirsk, Arnold Katz. J’ai eu le grand privilège de jouer tous les nouveaux concertos qu’il m’apprenait sous sa direction. C’était un enseignement incroyable. Dès l’âge de 10 ans, j’ai beaucoup voyagé en Russie, en Europe, en Amérique et au Japon. J’ai rencontré des chefs d’orchestre phénoménaux, sous la direction desquels j’ai eu la chance de jouer : Carlo Maria Giulini, Daniel Barenboim, Zubin Mehta, Claudio Abbado, Riccardo Muti et Lorin Maazel. J’admirais leurs capacités techniques, leur sagesse musicale et leur vision élargie et j’ai toujours eu envie de passer de l'autre côté de la barrière. À 16 ans, j’ai rencontré Mstislav Rostropovitch, qui est resté mon mentor jusqu'à la fin de sa vie. Il m’a énormément influencé. Lorsque j’ai rencontré mon pianiste, Vag Papian, il m’a dit « tu devrais diriger » et a commencé à me donner des cours. C’est là qu’a débuté ma formation. J’avais 25 ans et il m'a beaucoup encouragé. Je dois avouer que cette expérience a totalement changé ma manière de jouer. J’ai commencé à envisager la musique autrement, à lui donner une nouvelle dimension. Selon moi, la direction est l’une des plus belles manières de faire de la musique : c'est totalement différent du violon, les deux sont incomparables. J’ai aussi réalisé que ni Bruckner, ni Mahler n’avaient écrit de concertos pour violon. Diriger est donc ma manière de dire que j’aime aussi leur musique.

LH: En parlant de répertoire, quel type de musique avez-vous le plus dirigé ? La musique russe ou celle d’autres pays ? En tant que chef d’orchestre, quel était votre répertoire préféré ? Et en quoi est-ce comparable à votre répertoire en tant que violoniste.

MV: Mon répertoire de chef d’orchestre est encore une fois très varié. J’essaie de ne pas me limiter à des styles en particulier. Bien au contraire, je veux embrasser le plus large éventail de genres, du baroque au classique – je dirige beaucoup de Mozart, de Beethoven, de Brahms. Et bien sûr, les classiques russes – Tchaïkovski, Glazounov. Actuellement, je suis très emballé par l’idée de reprendre Shéhérazade, de Rimski-Korsakov, que je dirigerai tout en interprétant tous les solos de violon. Un projet très intéressant que j’entreprendrai en 2012 avec l’Orchestre symphonique de Londres.

LH: Vous parler de combiner différentes activités. Comment faites-vous pour combiner votre travail de chef d’orchestre, de violoniste, de professeur et de membre du jury ? Vous faites tellement de choses...

MV: La musique est un domaine très vaste et vous devez être certain de pouvoir vous concentrer suffisamment sur chaque sujet afin de pouvoir le faire aussi bien que possible. La direction est un travail de longue haleine, c'est une langue totalement différente. J’ai donc du apprendre à la parler sans accent. J’ai appris la musique grâce au violon - le violon est en quelque sorte ma langue maternelle.
J’ai réalisé que si j’essayais de combiner la direction avec le violon, celui-ci allait devenir très jaloux, alors j’ai pris un peu de distance pour me concentrer sur mon travail de chef d’orchestre. Et désormais je suis très heureux de pouvoir à nouveau utiliser mon beau violon, que j’adore, et de le combiner avec la direction.

LH: Et la direction ne sera pas jalouse du violon ?

MV: Non, maintenant les deux sont en harmonie, ils se combinent et se complètent.

LH: Donc vous continuerez de pratiquer les deux ?

MV: Oui. Je suis également très impatient de m’atteler à des œuvres que je peux diriger et jouer.

LH: En tant que violoniste, qu’aimeriez-vous vraiment jouer ? Quelles sont les œuvres que vous voulez absolument jouer dans un avenir proche ?

MV: C’est drôle, mais après deux ans sans violon, j'ai l'impression de renaître. Quand on me demande : « Maxim, qui est le musicien, le jeune violoniste le plus prometteur du monde ? » Je réponds : « Je crois que c’est moi. Je me sens si jeune et, lorsque je travaille le concerto de Tchaïkovski, j’ai l’impression qu’il est nouveau et que je ne l’ai jamais joué avant. » Aujourd’hui, chaque note jouée est une révélation – Brahms, Sibelius, Chostakovitch... J’ai très envie de jouer tous ces concertos, surtout ceux que j’ai déjà dirigés. Passer de l’autre côté de la barrière, du côté de l’orchestre, est vraiment une expérience phénoménale, on a une vision complète. Je pense que quand je me remettrai à ces œuvres, ce sera une nouvelle expérience.

LH: Cette pause semble donc avoir été extrêmement positive et vous avoir redonné l'envie de jouer…

MV: Oui, c’est une nouvelle histoire d’amour qui renaît de ses cendres

LH: Votre concert le 2 mai, à Bruxelles, avec Musica Mundi signe-t-il le début d’une tournée ? Avez-vous des projets ou préférez-vous prendre les choses comme elles viennent ?

MV: J’ai une tournée de prévue, une soirée Brahms où je jouerai ses sonates. J’ai aussi de grands projets pour Shéhérazade de Rimski-Korsakov, le classique russe, où je combinerai à nouveau direction et solos de violon. Durant la première moitié, je jouerai quelques courts morceaux pour violon et orchestre sans chef d'orchestre, et ensuite Shéhérazade. Nous envisageons de jouer dans une grande partie de l'Europe, en Amérique, en Extrême-Orient et en Australie. C’est prévu pour 2012-13.

LH: Nous aurons donc le plaisir de vous revoir endosser différents rôles.

MV: Je vais bientôt me rendre en Chine pour y diriger l’orchestre symphonique de Shanghai, qui interprètera Rimski-Korsakov, j’irai en suite à Seoul, en Corée, avant de diriger un concours à Poznan, en Pologne, le 14e concours international de violon Henryk Wieniawsky. Il aura lieu en octobre et je suis très heureux car je partagerai cette expérience avec mon grand ami Leonid. Nous nous occupons d’abord des auditions préliminaires : Leonid et moi, nous auditionnons des candidats dans neuf villes différentes, dont Bruxelles. En plus de Bruxelles, il y a déjà eu des auditions à Moscou, Baku, Québec, Londres, Bergame et bien d’autres… Et nous en organisons encore d’autres à Bruxelles et à Poznan. Les dernières auront lieu en avril et le concours accueillera un total de 190 concurrents. Ces auditions en direct sont toujours très appréciées … Les gens aiment de plus en plus jouer en direct, nous recevons donc de plus en plus de candidatures, même une fois la date limite échue. Je pense que cette méthode est assez unique en son genre : je voyage pour entendre les participants dans leur pays, quel qu’il soit. Le concours est divisé en quatre manches. La première est un solo non accompagné pour violon ; la deuxième, un récital de sonates. La troisième est la plus intéressante. Elle comprend des œuvres de Mozart. Le candidat doit d’abord jouer une symphonie de Mozart dans laquelle l’accent est mis sur le violon, puis de l'alto et ensuite diriger. Cette partie est nouvelle. Pour la seconde partie de la troisième manche, il doit s’installer dans l'orchestre et diriger le groupe pendant 15 minutes. Nous donnons le temps au candidat d’exprimer sa personnalité, sa musicalité et de nous montrer ce dont il est capable devant un orchestre... Nous examinons aussi sa capacité à communiquer avec les autres musiciens. Henryk Wieniawski était un communicateur de génie. Il n’était pas seulement un prodige du violon, mais aussi un grand compositeur doublé d’un formidable musicien de chambre. Je crois d’ailleurs qu’il a joué à Bruxelles.

LH: Cette idée d’inclure la direction dans le concours est donc nouvelle. En êtes-vous l'instigateur ? Et vient-elle de votre expérience de chef d'orchestre ?

MV: Oui, elle est totalement nouvelle. Et lors de la quatrième manche, la finale, c’est moi qui dirigerai les finalistes. Je passerai de l’autre côté de la barrière et laisserai à mes amis le loisir de juger. Nous sommes aussi très heureux d'organiser la manche préliminaire à Bruxelles, car c’est une ville qui joue un rôle très important au niveau des concours. L’un des plus beaux et prestigieux a d’ailleurs lieu ici : le concours Reine Élisabeth. Nous sommes donc convaincus d'avoir opté pour la bonne ville.

LH: Est-ce pour cette raison que vous avez décidé de donner votre premier concert à Bruxelles ?

MV: Je pense que le ciel a décidé pour moi.

LH: Nous en sommes ravis. Pour conclure, et si vous êtes d'accord, nous aimerions vous entendre parler russe. Vous venez de dire que le violon est votre langue maternelle. Mais votre vraie langue maternelle est le russe. Quel effet cela vous fait-il de jouer à nouveau ? Et pouvez-vous nous l'expliquer en russe ?

MV: Je pense que je dois commencer par ma mère… Stoliarsky, un professeur de renom à Odessa, qui a formé David Oistrakh et dirigeait sa propre école, nous a légué un célèbre dicton sur l’éducation parentale : « nous n’avons pas besoin d’enfants talentueux, mais de mères talentueuses. » Je pense qu’on peut le traduire dans beaucoup de langues. Le violon est l’instrument le plus spirituel et le plus profond ; en en jouant, on peut pleurer, rire et exprimer tant d'autres émotions qui viennent droit du cœur. Lorsque je joue du violon, j’ai l’impression de chanter. La chanteuse Cecilia Bartoli, que je connais personnellement, répète toujours : « j'essaie de chanter comme un violon... » (traduction)

LH: Le concert du 2 mai introduira donc le projet scolaire Musica Mundi ?

Leonid Kerbel (directeur musical et organisateur de Musica Mundi) : Oui, en effet. Selon moi, le plus important dans l’enseignement, ce sont les gens qui sont derrière. L’esprit qui sous-tend un projet. Et comme l’a dit Maxim, c’est le ciel qui nous a réunis pour former la nouvelle génération de musiciens, d’une manière plus étendue, plus ouverte qu’auparavant. Cette école combinera un enseignement général de qualité et une formation musicale professionnelle. De telles écoles existent déjà dans les États soviétiques, mais pas en Europe occidentale, sauf en Grande-Bretagne. Il y a bien eu quelques tentatives par le passé, mais elles avaient toutes une portée limitée : elles se concentraient plus sur l'instrument que sur la formation musicale générale, qui est pourtant extrêmement importante. Je pense que Maxim a déjà expliqué qu'il a pris du temps pour découvrir l'autre côté de la musique et pas seulement jouer des solos de violon. Autrefois, des gens comme Eugène Ysaÿe, Henryk Wieniawski ou Adolf Busch, jouaient tous beaucoup de musique de chambre, mais ils composaient et dirigeaient aussi – il ne s’agissait donc pas que de jouer d’un instrument. C’est seulement récemment que nous sommes devenus si obtus et si limités, et je pense que tout l'intérêt de l'école de MM est là : former la nouvelle génération selon une méthode plus large et plus ouverte - en faire des gens bien, pas des divas, pas des musiciens à l’ego surdimensionné, mais encourager l’amour de la musique, des autres et les inciter à s'entraider.

LH: Vous avez indiqué que votre expérience de chef d'orchestre a ressuscité le violoniste qui sommeille en vous, après une période de direction et d’enseignement. Vous sentez-vous plus accompli ?

MV: Je pense que ce sera la philosophie de l’école de Leonid et Hagit Kerbel : inculquer le plus de connaissances possible aux jeunes enfants. Et plus tard, quand ils auront grandi et seront devenus musiciens, ils pourront décider par eux-mêmes ce qu’ils veulent faire et vers quelle partie du monde de la musique ils veulent se diriger.

LH: Merci beaucoup. Nous vous reverrons le 2 mai pour les sonates de Brahms et espérons vous revoir un peu partout avec votre violon.

MV: Merci beaucoup

(c) RTBF/Musiq'3 - MUSICA MUNDI

English translation

World Exclusive: Maxim Vengerov plays the violin on stage at the Palais des Beaux-Arts
A production of stage-festival Musica Mundi (Waterloo). Monday, 02/05/2011 (20:00) - Palais des Beaux-Arts / Henry Le Boeuf Hall 1) Maxim Vengerov, violin - Vag Papian, piano: Johannes Brahms' Sonatas for Violin and Piano. 1, Op. 78, no. 2, Op. 100, no. 3, Op. 108
2) Vladimir Perlin, direction - Belorussian Youth Orchestra, Musica Mundi Young Talents: works by Wolfgang Amadeus Mozart, Pyotr Ilyich Tchaikovsky, Aaron Copland, Edward Elgar
 
MUSICA MUNDI presents the famous violinist Maxim Vengerov
Palais des Beaux-Arts in Brussels
Monday, 02/05/2011 - 20:00

Maxim Vengerov: "The violin is my mother tongue"

Musica Mundi supports Human Development and music of young music talents from around the world. To achieve this, Musica Mundi meets annually in July, about 70 young prodigies of the violin, clarinet and string instruments, aged 10-18 years. From diverse and varied backgrounds, these young people meet for a two-week course whose only goal is to help them play together.
The meeting of these young talents with other virtuosos from other backgrounds and with some of the greatest teachers and artists in the world makes this event an experience more stimulating and rewarding.
For 13 years now, this course and festival of chamber music is becoming increasingly popular internationally and has led its founders, Hagit Hassid- and Leonid Kerbel, to recognize the need to create a primary and secondary of the highest quality for young talented musicians.

Both aspire to provide young people aged from 10 to 18 the opportunity to follow simultaneously and in harmony school curriculum and professional music training, regardless of their financial capabilities and their social origins.
Maxim Vengerov, a full member of the "family Musica Mundi," shares the enthusiasm of the founders and was therefore proposed as Ambassador of the school. The concert he will give in honor of his return on the international stage will be dedicated to the project of the School of Music Musica Mundi.

Interview with Laetitia Hubert (Musiq'3, RTBF)
LH: Dear Mr. Vengerov, we are delighted to welcome you here in Brussels, in honor of the concert that you will give on May 2 with Musica Mundi, Palais des Beaux-Arts. Can you tell us a little more? Why Brussels? And why is this concert? Can you explain the context?

MV: Brussels is a very special place in my heart. They say that itinerant musicians feel at home where their friends are. Me, I have wonderful friends in Brussels - Hagit and Leonid Kerbel, the founders of the course and the International Festival Musica Mundi. We've known (each other) for a long time, and this summer I will participate in the festival Musica Mundi for the 5th time. In addition, Brussels is a beautiful city, the public is fantastic and I'm delighted to come to this concert May 2 at the Palais des Beaux- Arts, a place that has a fine tradition and an outstanding acoustic. For us, this concert is really special: it was during this event that we announce the birth of a project dear to our heart, creating primary and secondary Musica Mundi. A new story that already looks incredible.

LH: The primary and secondary school will be reserved for musicians and devoted to music. What will your role be in this institution?

MV: I'll try to make my contribution to the building, as a musician. Is not Music the best way to promote a project we really believe in? From being small, I was raised by my parents and grandparents. Many people have influenced me and inspired. I started violin in Novosibirsk, Siberia, and then I moved to Moscow. Then I went to study in Lübeck, Germany, and London at the Royal Academy. Everywhere has been very supportive. First my family and lots of close friends and teachers. Now that I am a musician, I realize how important education is. Without this, the talent cannot develop. Talent is like a garden: it takes a lot of maintenance for a good result. For this reason I am convinced that the school Musica Mundi will be a unique project: it will combine all ideas and Hagit and Leonid Kerbel have about teaching. Both already have extensive experience with children who will benefit most certainly at school.

LH: You are involved in many activities with children and teenagers: you are an ambassador for UNICEF, you participated in the founding of schools in Migdal, Israel ... So you become a sort of mentor to many young musicians. Did you have a mentor when you were young? And where does this tradition begin?

MV: First, my mother gave me her love of children. She was director of a music school for orphans for twenty years. A great time. Russia was still a Soviet state so art had a special significance for many people, playing an instrument was a sort of loophole. The music served as a lifesaver. When my mother arrived in Novosibirsk to study at the conservatory, she found orphans, established a school and provided them with musical training, which really was revolutionary for its time. She had to fight hard for the school to be opened and the instruments and pianos are purchased, she managed to do it alone. She fought against the cynicism of the government and won, but not without difficulties. Growing up, I saw the beauty that her hands and her heart had created. She's a great musician. She gave piano lessons and took care of a choir of 500 children. I was also part and when she came home, she said: "Maxim, I have 500 children, but you are by far the hardest." So I think that helping the new generation is part of my DNA. I'm still young, but I really understand and appreciate what my parents, my teachers and my friends have done for me. And I need to give to others what I have been given.

LH: For the concert on May 2, you chose to play three sonatas by Brahms. Why?

MV: I like to concentrate on one thing at a time. In itself, the cycle of three sonatas of Brahms is perfection. I wanted to share this intimate moment with the audience at the Palais des Beaux Arts and I do not think I ever played sonatas by Brahms here. This really excites me. The formidable pianist Armenian Vag Papian accompany me. He is conductor and pianist. An exceptional musician. He gave me my first lessons in conducting and the desire to explore a new path.

LH: You just mentioned your work as a conductor. In recent years, you've directed a lot, whether at festivals or competitions. Can you tell us a little about your experience as a conductor? How did you come here? And how the leaders who directed you when you were on the violin have inspired you?

MV: I played my first concert with an orchestra when I was a young child, I was just five yearsold . It was the Concerto No. 9 of Bériot and was led by principal conductor of the Novosibirsk Philharmonic Orchestra, Arnold Katz. I had the great privilege of playing all new concertos he taught me in his direction. It was an incredible education. From the age of 10 years, I traveled extensively in Russia, Europe, America and Japan. I met some phenomenal conductors, under whom I had the chance to play: Carlo Maria Giulini, Daniel Barenboim, Zubin Mehta, Claudio Abbado, Riccardo Muti and Lorin Maazel. I admired their technical capabilities, musical wisdom and their vision expanded and I always wanted to go to the other side of the fence. At 16, I met Mstislav Rostropovich, who remained my mentor until the end of his life. He influenced me tremendously. When I met my pianist Vag Papian, he said "you should conduct" and began to give me lessons. It was here that I started my training. I was 25 and he encouraged me a lot. I must confess that this experience has totally changed my way of playing. I began to consider the music differently, to find a new dimension. To me, leadership is one of the best ways to make music: it's totally different from the violin, the two are incomparable. I also realized that neither Bruckner or Mahler had written concertos for violin. Leading is my way of saying that I also love their music.

LH: Speaking of repertoire, what kind of music do you most conduct? Russian music or that of other countries? As a conductor, what was your favorite repertoire? And how does this compare to your repertoire as a violinist.

MV: My repertoire as a conductor is again very varied. I try not to limit myself to styles in particular. Quite the contrary, I want to embrace the widest range of genres, from baroque to classical - I conduct a lot of Mozart, Beethoven, Brahms. And of course, the Russian classics - Tchaikovsky, Glazunov. Currently, I am very excited about the idea of returning to Scheherazade, by Rimsky-Korsakov, I lead while playing all the violin solos. A very interesting project that I will undertake in 2012 with the London Symphony Orchestra.

LH: You talk of combining different activities. How do you combine your work as a conductor, violinist, teacher and juror? You do so many things ...

MV: Music is a very wide area and you must be sure you can concentrate enough on each topic so you can do as well as possible. The steering is a long process, it is a completely different language. So I had to learn to speak without an accent. I learned music through the violin - the violin is like my mother tongue.
I realized that if I tried to combine conducting with the violin, it would become very jealous, so I took a short time to concentrate on my work as a conductor. And now I am very pleased to once again use my beautiful violin, I love, and combine it with conducting.

LH: And conducting will not be jealous of the violin?

MV: No, now the two are in harmony, they combine and complement each other.

LH: So you continue to practice both?

MV: Yes. I am also very eager to get down to the works that I can conductor and play.

LH: As a violinist, what would you really play? What are the pieces you really want to play in the near future?

MV: It's funny, but after two years without a violin, I feel reborn. When people ask me: "Maxim, who is the musician, the most promising young violinist in the world? I reply: "I think it's me. I feel so young and when I play the Tchaikovsky concerto, I feel it is new and I've never played it before. "Today, every note played is a revelation - Brahms, Sibelius, Shostakovich ... I really want to play all these concertos, especially those I have already played. Passing to the other side of the fence on the side of the orchestra is really a phenomenal experience, we have a complete picture. I think when I get over these works, it will be a new experience.

LH: This break seems to have been extremely positive and you have restored the desire to play ...

MV: Yes, it's a new love story that is reborn from its ashes

LH: Your concert on May 2, Brussels, with Musica Mundi signals the beginning of a tour? Do you have plans or do you take things as they come?

MV: I have a scheduled tour, an evening where I will play Brahms' sonatas. I also have big plans for Scheherazade by Rimsky-Korsakov, the Russian classic, which I will combine with conducting and violin solos. During the first half, I'll play a few short pieces for violin and orchestra without a conductor, and then Scheherazade. We plan to play in much of Europe, America, Far East and Australia. It is planned for 2012-13.

LH: We will have the pleasure of seeing you assume different roles.

MV: I will soon go to China to lead the Shanghai Symphony Orchestra, who will perform Rimsky-Korsakov, I'll go later to Seoul, Korea, before judging a competition in Poznan, Poland, the 14th International Competition Henryk Wieniawsky violin. It will take place in October and I am very happy because I will be sharing this experience with my great friend Leonid. We deal first preliminary auditions: Leonid and I are auditioning candidates in nine cities, including Brussels. In addition to Brussels, there have been auditions in Moscow, Baku, Quebec, London, Bergamo and many others ... And we still organize others in Brussels and Poznan. The last will be held in April and the competition will host a total of 190 competitors. These live auditions are always appreciated ... People like more and more playing live, so we get more and more applications, even after the deadline expired. I think this method is unique: I travel to hear the participants in their country, whatever. The competition is divided into four rounds. The first is a solo unaccompanied violin, the second a recital of sonatas.The third is the most interesting. It includes works by Mozart. The candidate must first play a Mozart symphony in which the emphasis is on the violin, then viola, and then lead. This part is new. For the second part of the third round, they must sit in the orchestra and lead the group for 15 minutes. We give the candidate time to express their personality, their musicality and show us what they can do before an orchestra ... We also examine their ability to communicate with other musicians. Henryk Wieniawski was a communicator of genius. He was not only a violin prodigy, but also a great composer, coupled with a great chamber musician. I think he has played in Brussels.

LH: The idea to include leading in the competition is so new. Are you the instigator? And does it come from your experience as a conductor?

MV: Yes, it is totally new. And during the fourth round, the final, it's me who will lead the finalists. I will pass on the other side of the barrier and leave it to my friends the opportunity to judge. We are also very pleased to host the preliminary round in Brussels because it is a city that plays a very important role at the level of competition. One of the most beautiful and prestigious moreover place here: the Queen Elisabeth Competition. We are confident to have chosen the right city.

LH:
Is this why you decided to give your first concert in Brussels?

MV: I think the sky has decided for me.

LH: We are delighted. To conclude, if you agree, we would like to hear you speak Russian. You just said that the violin is your mother tongue. But your true mother tongue is Russian. What effect do you feel about playing again? And can you explain it in Russian?

MV: I think I'm starting with my mother ... Stoliarsky, a renowned professor at Odessa, who trained David Oistrakh and ran his own school, has left us a famous saying about parenting: "we do not need 'gifted children, but mothers of talent. "I think it can be translated into many languages. The violin is the instrument most spiritual and profound, and in playing, you can cry, laugh and express so many emotions that come straight from the heart. When I play the violin, I feel like singing. The singer Cecilia Bartoli, whom I know personally, always repeats: "I try to sing like a violin ... "(Translation)

LH: The concert on May 2 will therefore introduce the Musica Mundi school project?

Leonid Kerbel (musical director and organizer of Musica Mundi): Yes, indeed. I think the most important in education, it is people who are behind.The spirit behind the project. And as said Maxim is the skies that brought us together to form the new generation of musicians, in a broader, more open than before. The school will combine a general education quality and professional music training. Such schools already exist in the Soviet states, but not in Western Europe, except Britain. There have been some attempts in the past, but they all had a limited scope: It focuses on the instrument as the general musical training, which is nevertheless extremely important. I think Maxim has already explained that it took time to discover the other side of the music and not only play the violin solos. Formerly, people like Eugene Ysaye, Henryk Wieniawski and Adolf Busch, all played a lot of chamber music but also composed and conducted - it is therefore not only play an instrument. Only recently we have become so obtuse and so limited, and I think the whole point of the school of MM is there: train the next generation in broader and more open fields - to make good people, no divas, no musicians in the ego, but to encourage a love of music, others and encourage them to help themselves.

LH: You indicated that your experience as a conductor improved the violinist in you, after a period of conducting and teaching. Do you feel more accomplished?

MV: I think this will be the philosophy of the school and of Hagit and Leonid Kerbel: ito inculcate as much knowledge as possible in young children. And later, when they have grown and have become musicians, they can decide for themselves what they want to do and what part of the world of music they want to do.

LH: Thank you very much. We'll see you on May 2 for the sonatas of Brahms and hope to see you around with your violin.

MV: Thank you very much

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